22
mai
2008

C’est l’avion qui cache le bateau (et son CO2) !

C’est suite à la lecture de deux articles du Guardian, et d’un sur le dernier Environnement Magazine que je me décide à faire ce post. Les articles étayent ainsi la thèse (rapport ONUsien à la clé) que le transport maritime serait responsable de deux fois plus d’émissions de CO2 que le transport aérien (3 mars 2007), mais aussi que les émissions du transport maritime seraient largement sous estimées (13 février dernier).
Ainsi, le fret maritime représenterait 5% des émissions globales de CO2, alors que le transport aérien pourtant fustigé en représente quant à lui 2 %. Pour ordre de comparaison, The Guardian rapelle que les 5% en question représentent le double de toutes les émissions du Royaume Uni et plus que celles de tous les pays d’Afrique réunis…Ainsi les bateaux sillonnant le globe émettraient 1,12 milliards de tonnes en lieu et place des 400 millions de tonnes/an avancées. Voilà donc le paradoxe de ces bons trop vieux tankers qui transportent 90% des marchandises produites dans le monde et dont la flotte augmente d’autant que le commerce mondial ne s’intensifie.

C’est d’ailleurs là que le bât blesse car ils ont beau avoir le meilleur bilan CO2 émis à la tonne transportée, les taux de croissance du secteur ont de quoi donner le vertige… On estime ainsi que ces émissions pourraient bien augmenter de 30% sur les 10-15 prochaines années ! Alors Ok, on savait déjà que les bateaux étaient de gros émetteurs d’oxydes d’azote et de SO2, mais niveau CO2, leur bilan à la tonne était un élément “suffisant” jusqu’alors pour les laisser tranquilles dans leurs coins d’océan.

On peut donc décemment se poser la question du pourquoi contraindre les compagnies aériennes et le secteur de l’aviation à se plier à des mécanismes et des accords de réduction, alors que la flotte maritime passerait, à l’inverse des poissons, entre les mailles du filet ?
Une des explications vient peut être du fait que “JE” prends l’avion, alors que c’est mon lecteur DVD qui prend le bateau…C’est pourtant une manière un peu masochiste de voir les choses. Pourquoi se sentirait-on coupable de bouffer notre crédit perso de CO2 quand on prend l’avion pour aller visiter la Thaïlande, alors qu’on s’en fout lorsqu’on achète chaque année toute notre électronique, nos fringues, nos meubles qui arrivent d’asie par bateau ? C’est sans doute aussi parce que c’est la meilleure manière de ne pas voir les impacts environnementaux induits par notre consommation. Mais à choisir, je préfère aller en Thaïlande !

Autre exemple simple : citez moi au moins 5 compagnies aériennes et deux fabricants d’avions………… C’est fait ! Alors maintenant citez moi un fabricant de bateau, et une compagnie de transport maritime…. ! Si vous êtes comme moi, vous serez bien embêtés…

On voit donc qu’il est bien plus simple de mettre la pression sur le secteur aérien et que la révolution maritime n’est pas pour demain. Oui, il y a bien les Skysails qui montrent une tendance des transporteurs à revenir vers la voile, et qui permettent une diminution des coûts de carburant de 10 à 35 % ; il y a aussi certains projets de recherches comme Methapu (pile à combustible pour applications maritimes) ou encore Creating qui a présenté récemment sa première péniche Victoria “respectueuse de l’environnement”, qui intègre un contrôle de la vitesse, un filtre à particule et un gazole à faible teneur de soufre; mais dans l’absolu, il me semble qu’on est encore loin des efforts qui seraient nécessaires pour effacer nos idées préconçues et que les institutions et réglementations internationales sachent distinguer l’arbre qui cacherait la forêt…

Allez, dites moi ce que vous en pensez ?

++ Guardian

++ BBC News
++ Environnement Magazine

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  • 14 Réponses à “ C’est l’avion qui cache le bateau (et son CO2) ! ”

    Flux RSS des commentaires de cet article
    1. Bonjour,
      Je pense qu’il faut vraiment nuancer ces propos sur la pollution du transport maritime en prenant en considèration un facteur au moins de 10 entre la quantité de marchandise transporter par le maritime et par l’aérien. Ce facteur n’est pas du tout visible dans la quantité de CO2 émis. Par contre il est tout a fait possible que le renouvellement de la flotte, du transport maritime, permet de faire diminuer encore la pollution, avec des moteur ayant des rendements bien meilleur. Il existe bien un convention servant à régir les pollutions des navires, MarPol. Elle a été mise en place en 1973, et réglemente tout les déchets du transport maritime. Il me semble qu’une nouvelle version est en cours de rédaction pour la fin de l’année.
      Maintenant que j’ai protégé un peu le transport maritime, coulons le un peu!
      Il ne faut pas oublier que le 1/3 des marchandises transporter par la mer sont du petrole et du gaz. Ces mêmes marchandises ont polué pendant leur transport, et vont encore poluer pendant leur utilisation.
      L’ajout d’un coût environemental aux transports (pas que maritime) nous obligerais à consomer localement, et à réduire notre consomation. Ce que ne veut pas l’économie mondiale!

      Nicauco,

      P.S. : je dois pouvoir citer 2-3 compagnies de transport maritime, et 2-3 fabricants de bateaux. Mais pour citer des entreprises de fret aérien, j’ai beaucoup plus de difficulté!

    2. Bonjour Nicauco, votre précision sur le rapport entre pollution et tonnes transportées est utile mais je pense que l’information la plus importante de l’article est la croissance énorme du transport maritime. Si les compagnies maritimes font 10-20 % d’économie sur la consommation de fuel et qu’elles augmentent en meme temps leur trafic de plus de 30 % il y aura croissance de la pollution.
      J’ajouterais aussi une précision, c’est que le transport maritime de marchandises est maintenant standardisé par les conteneurs et que ceux-ci finissent en grande partie sur nos routes avec une pollution décuplée…
      Tout a fait d’accord avec votre dernière phrase Nicauco, relocaliser l’économie est la seule chose qui pourra sauver le climat, mais c’est contraire aux intérêts économiques.

    3. Très bon article. Je préfère également prendre moi-même l’avion de temps-en-temps (surtout que j’habite loin de ma famille) et consommer local plutôt que le contraire.
      Seulement, si je crois (j’espère en tout cas) qu’on se dirige vers un changement de politique pour le transport aérien, une taxation des carburants pour le transport maritime me paraît avoir peu de chances actuellement, vu l’impact sur l’économie.

    4. Très bon article en effet. On est typiquement là face à un problème de choix d’indicateur : que choisir ? la part dans la pollution globale ou la part ramenée à la tonne transportée ? Dans un cas on regarde l’impact réel, dans l’autre on relative par rapport au volume transporté… Cornélien !

    5. Je ne suis pas vraiment de votre avis, la comparaison entre “dois-je prendre l’avion” ou “mon lecteur DVD doit-il prendre le bateau” est stupide.

      Si on veut vraiment faire une comparaison c’est plutot : mon lecteur DVD doit-il prendre l’avion ou le bateau ?
      Et la réponse est évidente : le bateau ! qui émet très largement moins de CO2 que l’avion pour la même masse transporté.

      On pourrait aussi poser la question comme ça : dois-je prendre le bateau ou l’avion ?
      La réponse est identique : le bateau, mais j’ai interêt à être riche et patient ;-)

    6. Une seule conclusion : Consommons mieux (donc moins, le qualitatif s’opposant généralement au quantitatif sur le plan économique) et local.
      @ Polluxe : c’est justement pour ça qu’il faut taxer : un modèle économique non viable et fragilisé, quelle aubaine !

    7. Salut, je n’étais pas venu sur le blog depuis mon départ, mais j’ai bien fais de venir aujourd’hui :)
      Comme les commentaires précédent, je pense qu’il faut connaitre le ratio tonne de marchandises transportées / tonne de CO2 émise, et là je pense que le fret aérien est supérieur, mais c’est du pifomètre, je n’ai pas de référence en tête.

      Mon voyage sur les témoins du climat m’a ammené à Istanbul, où je suis depuis une semaine. Le traffic dans le Bosphore ne cesse d’augmenter, avec plus de 50 000 navire par an, contre 10 fois moins dans les années 30. Le traffic debvrait encore augmenter avec les transit du pétrole et de gaz en provenance de la Caspienne et qui transit ensuite par la Mer Noire. Le détroit est une zone de navigation international et par soucis d’économie, la majorité des bateaux n’utilise pas de pilote. On peut craindre une marée noire ou un accident chimique majeur dans la zone, ce qui est moins fréquent avec le fret aérien.

      Un autre élément, c’est la pollution des grands bateaux de tourisme. Lors de mon passage à Venise, j’ai pu discuter avec le collectif NO MOSE. Ce collectif vénézien s’oppose à la fermeture de la lagune par de grande porte à bascule, mais il demande aussi que les paquebot de croisière ne soient plus autorisé à pénétrer dans la lagune jusqu’à une centaine de mètre de la place Saint Marc : en restant quelques heures sur place, le temps pour les touristes faire leur visite, il produit autant de pollution de 15 000 voitures ! Les moteurs restent en marche, le chauffage de l’eau et la clim aussi, etc. Venise est la plus grande ville d’Europe, et peut-être du monde, sans voiture mais elle est tout de même sujette à la pollution athmosphérique, il faut le faire ! Le palais des doges est également menacé par cette attaque chimique qui menace les pierres de l’édifice.

      Une interview en francais avec Christiano GASPARETTO, architecte et historien de la ville et membre du collectif NO MOSE est disponible sur mon blog : http://avenirclimat.info/index.php?post/2008/03/17/Venise-une-cite-disparait

    8. ah oui, j’oubliais : mon voyage de 15 mois en Europe et en Asie ce fait sans avion. J’ai le temps de voyager et je pense que l’avion est le moyen de transport le plus polluant par passager.

      J’utilise les transports locaux. Ce n’est pas toujours facile : j’ai cherché pendant 2 jours avant de trouver un cargo qui me prenne comme passager pour relier Haifa-Israel à Limassol-Chypre.

      Pour aller de Moscou (ou même de Paris) à Pékin, il y a le transibérien puis le transmogolien. 5 ou 6 jours de voyages pour moins de 100 € tout compris.

      Pour d’autres pays, ce sera moins évident. Je n’ai pas trouvé de moyen de passer de la Thailande au Bengladesh car la Birmanie n’autorise pas le passage de ces frontières terrestres. Si je veux rencontrer des birmans, il faudra que je passe obligatoirement par l’aéroport à l’aller puis au retour.

      Un dernier point que je n’ai pas vu dans les commentaires : il est possible de faire de la compensation carbone, pour ces déplacement mais aussi pour ces achats. Le sujet est controversé, et il faudrait connaitre le bilan carbone des produits, mais c’est tout de même une piste.

    9. Hum… Le trafic et le fret maritimes augmentent… mais le trafic aérien aussi non? Quelle décision vient d’être décidée récemment déjà il n’y a pas longtemps pour les longs courriers entre l’UE et les US…?;-)

      C’est intéressant car nous nous posions la question avec un ami récemment à ce sujet exactement…

      En fait, plusieurs questions se posent:

      - Comparer en global les émissions bateaux et avions a-t-il un sens? Sachant que la quasi totalité du commerce mondial est transportée par bateau, 5% des émissions c’est bon. Un argumentaire pour comparer le rapport énergie / matière / émissions d’un produit du producteur au consommateur ne peut se faire, pour la partie transport, que à la tonne transportée.
      - N’est-ce pas jouer sur le sensationel et être un peu contre éducatif et démobilisateur que de prôner le voyage en Thaïlande plutôt que le lecteur CD? Pour apporter des solutions à la folie humaine destructrice, ne devons nous pas inciter à la réduction de la consommation…? Que l’on s’interroge sur le sens du voyage lointain en une semaine (avec la consommation de paysages et ce que cela entraîne…)?

      Enfin, nous en avons déjà parlé et tu sais que cette question fait partie, à mes yeux, des problèmes les plus délicats…

      Vuitton fait maintenant transporter ses produits par bateaux, et on ne peut leur reprocher, au contraire! Après les problème de navires poubelles, du mauvais entretiens et des pollutions maritimes restent entiers, c’est certain…

    10. @ So Ann : je suis bien d’accord quand à l’emploi comme indicateur de la tonne émise / tonne transportée. C’est effectivement la seule bonne manière de comparer, donc là dessus, pas de souci. Par contre, si au final la totalité des choses qu’un européen moyen achète dans l’année (avec sa grande part de superflu) coûte plus en terme de CO2 que je ne sais combien de voyages en avion, je trouve ça bizarre de diaboliser l’aérien, alors que le réservoir de progrès pour faire baisser les émissions réside plus dans le fait de consommer différemment (moins d’appareils électroniques a turn over très court, moins de meuble de jardin venant d’indonésie ou de chine, etc…)

    11. @Neodim : On utilise aussi parfois pour quantifier la pollution du transport maritime, un indicateur prenant en compte la longueur du voyage. Il me semble que la moyenne est de 10 000 milles (nautique) pour toutes les marchandises. Cette distance en avion reprèsente un demi tour de la Terre. Il faut sans doute regarder aussi de ce coté là. Mais obtenir des chiffres sur le tranport de Fret par l’aviation est très difficile!
      Mais tout transport coûte cher pour l’environnement, c’est pour cela qu’il faut sans doute consommer raisonnablement et localement.

      P.S. : Même le transport de l’information pollue, dans des proportions non négligeable. Je n’ais plus les chiffres en tête, mais la consommation du coeur d’Internet est assey impressionnate!

    12. Le prix de la tonne transportée par bateau est de 0,50 € sur 1000 Kms

    13. J’ai une petite question : quand un bateau part de Chine rempli de marchandises, puis les livre en France, à quel pays est attribué l’émission de CO2 du transport.

    14. Tu compares deux choses qui n’ont strictement rien a voire.
      Dans le monde globalise ou nous vivons, tu pourrais supprimer tout le transport de tourisme fait en avion et probablement 70 % du transport affaire et du fret (haricot du kenya, perche du nil, fleur), sans que pesonne n’en souffre. Si tu supprimais la meme part du volume du fret opere par bateau, le taux de chomage serait probablement de 90 % en france le lendemain meme.
      Mais il est vrai qu’il faudra taxer les deux au final, en commencant evidement par supprimer l’aviation de tourisme, qui ne sert a rien et qui hypotheque les ressources en petrole pour rien.

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