Green colors of our life 1/3 : couleur végétales et textile, une approche artistique
Aujourd’hui, la couleur est omniprésente dans le design et comme nous en parlons assez peu, avons donc décidé au travers d’une petite thématique de nous plonger un peu plus sur la couleur liée à l’écologie, à la nature et aux traditions locales. Comme nous sommes à Toulouse, près du pays de Cocagne, nous avons eu envie d’aller à la rencontre de d’industriels, de plasticiens et de designers qui, aujourd’hui, lancent des initiatives autour de la couleur naturelle.
Dans ce premier volet d’une série à venir , nous présentons le travail de Delphine Talbot, plasticienne installée à Toulouse, qui réalise des installations textiles et photographiques. Dans son travail, la teinture végétale et la couleur ont une grande importance et sont reliées à l’histoire d’un pays, d’une culture. Elle a d’ailleurs passé une année au Japon, sur l’archipel d’Okinawa, pour étudier, auprès de maîtres teinturiers, des techniques textiles traditionnelles ainsi que la relation des couleurs aux rites ancestraux (et actuels) de la vie de ses habitants.
Son installation KAMI NO KI (Dieu de l’Arbre / Cheveux de l’Arbre), prend racine dans son expérience de la teinture végétale. L’exposition est un voyage dans un monde de croyances populaires – liées à des usages, des techniques et des symbolisations – au travers de Totems, de « sculptures textiles » et de photographies.
Les fibres et les colorants utilisés sont exclusivement végétaux et animaux, les techniques tinctoriales sont traditionnellement enseignées et/ou pratiquées au Japon, et plus particulièrement à Okinawa : de la soie, de la ramie (karamushi), des lianes tressées (prélevées sur l’arbre gajumaru - Ficus microcarpa), du poil de chameau et des fibres de banane (bashôfu) sont quelques exemples des fibres - matériaux des sculptures. Les couleurs sont quant à elles majoritairement issues de plantes locales, comme l’indigo (Strobilanthes cusia - ryûkyû ai), le carthame (benibana), le « piment aquatique » (Myrica rubra - yamamomo) et la garance (akane). Ces matériaux ont été identifiés par l’artiste comme étant des « couleurs patrimoniales » françaises et okinawaïennes, en lien avec leur histoire, passée ou actuelle.
Chaque Totem (au nombre de quatre) présente un objet « couleur - matière » et, au dessus, une photo de mise en situation de la couleur – ou de ce qui donne la couleur – est accrochée. On trouve par exemple un Totem présentant une couleur très symbolique au Japon : le carthame. Ses fleurs sont convoitées pour leurs propriétés esthétiques, mais aussi médicamenteuses : elles contiennent un précieux colorant donnant un domaine de couleurs allant du « rose givré » au « rouge mordoré », auquel on accorde des vertus hydratantes et protectrices diverses. On s’en sert notamment pour teindre des fleurs en papier lors d’un rituel bouddhiste au nouvel an, et il est l’ingrédient majeur entrant dans la fabrication du rouge à lèvres traditionnel (benikuchi) des geishas. Ce premier Totem présente donc une petite coupelle de ce maquillage confectionné par l’artiste ainsi que des fibres de banane teintes au carthame, fabrique typique de l’île d’Okinawa pour la confection des kimonos.
Au dessus de ces deux objets, le portrait d’une femme de l’île, fardée du blanc pour kabuki et les lèvres peintes au benikuchi, pose, les yeux mi clos, devant un gajumaru.
On voit la grande importance que le travail de Delphine Talbot accorde aux arbres, porteur de mémoire, source de mille histoires et légendes au Japon. Vecteur aussi de rites, comme celui de la prière, de remerciement notamment lorsque le maître teinturier lui prélève de son écorce pour ses besoins de couleurs à venir.
Une des « sculptures textiles » de Delphine Talbot, ci dessus, dans des tons de rouge, d’orange, de beige rosé et de bruns, est un hommage à la végétation d’Okinawa, et notamment au gajumaru : arbre aux lianes tombantes comme des cheveux de femme. Les fibres végétales – comme la soie, la ramie ou la fibre de banane – sont teintes avec diverses écorces et feuilles locales, en écho aux pratiques textiles observées et expérimentées auprès de maîtres, durant son séjour.
La deuxième « sculpture textile » parle du sommeil ou d’un passé qui ressurgit : elle investit ici des techniques tinctoriales qui ont fait, jusqu’à la fin du 19ème siècle, de certaines régions françaises leur renom (rouge garance et bleu de guède). Les fibres végétales et animales récoltées au cours du voyage sont donc ici teintes à l’indigo, à la garance et avec des écorces de l’arbre japonais fukugi (Garcinia subelliptica) pour le jaune, remplaçant le réséda français.
L’installation offre ainsi au regard le terrain de rencontres (échos, similitudes) entre la culture d’origine de Delphine Talbot et la culture Japonaise, autour des couleurs végétales certes, mais aussi autour de croyances et d’usages de type animiste : forêts dites « sacrées », rituels féminins, formes de chamanisme, autant de rencontres effectuées par l’artiste sur les îles des Ryûkyûs.
On est aussi dans un rapport enchanté de l’homme à la « nature », dans un échange respectueux emprunt de beauté. Cette démarche artistique revalorise la couleur végétale, sa poïétique (étude des processus de création) et sa poésie : l’histoire du temps consacré à la plante et de sa valeur symbolique, vecteur de mise en relations.
Pour plus d’info, vous pouvez aller visiter son myspace. Pour info, l’expo de l’installation est prévue les 1, 2 et 3 octobre prochain à l’Abbaye de Sylvanès (Aveyron) dans le cadre du colloque “la création contemporaine au risque du sacré”


















15 juin 2009 à 14:59
Je ne sais pourquoi, mais je me disais bien que c’était une fille qui avait écrit cet article;) Et en voyant Julie tout en haut j’ai souris! Je passe l’info à mes copines de Color Rare à Bordeaux, elles vont adorer!
http://la-petite-guyenne.fr/2009/04/02/sylvie-et-color-rare-pigmentent-la-vie/
Merci!
15 juin 2009 à 15:29
C’est pas la même julie que tu connais !, mais oui, on reconnait la patte des filles
15 juin 2009 à 18:02
J’adore.C’est une artiste à faire connaître, le talent est là!
15 juin 2009 à 21:14
Quelle chance avons nous que ton installation, créé si loin, toi si près, soit enfin présentée
passer du mode spectateur / frontière image figée à celui de l’acteur / espace interactif vivant ! Longue vie à tes créations !
16 juin 2009 à 12:43
Je suis stupéfaite, ravie, enchantée par ce travail romantique et exotique. Quelle sensibilité et quelle pureté! Merci pour cette promenade imaginaire et cette qualité de maîtrise et d’expression!
24 juin 2009 à 15:48
merci pour vos commentaires très enthousiastes et vos compliments.
au plaisir de vous rencontrez lors de l’une de mes expositions.