24
juin
2009

Green colors of our life 2/3 : de l’industrie de la couleur pétrochimique à celle de la couleur naturelle : l’entreprise Plo

Xavier Plo dirige une unité d’Ennoblissement Textile (teinturerie) de 26 personnes, à Aussillon à deux pas de Mazamet, dans le Tarn. Cette entreprise familiale, depuis 7 générations, a vécu plusieurs cycles de l’évolution des teintures et aujourd’hui, revient en partie vers la teinture naturelle (végétale).
Une usine neuve, une station d’épuration biologique de traitement des eaux usées, font de cette teinturerie un nouvel espace où tout est réfléchi dans l’idée du développement durable : pomper l’eau de la rivière pour l’utiliser dans la teinturerie, la recycler, la nettoyer puis la rejeter dans la rivière une fois complètement épurée. Les boues filtrées sont récoltées, compressées puis réutilisées dans le secteur agricole.

L’aventure de la teinture végétale pour cette industrie à taille humaine a commencé autour de l’introduction du pastel (l’isatis tinctoria) avec la rencontre de Monsieur Lambert de Lectoure. La culture et l’exploitation des nombreuses vertus du pastel ont été relancées dans les années 1990, non pas par un Gascon, mais par un architecte et chercheur belge du nom d’Henri Lambert. Interpellé par le bleu des volets de la tannerie du 18ème siècle qu’il avait achetée à Lectoure, M.Lambert chercha, par des moyens anciens et modernes, à reconstituer le procédé par lequel on extrayait autrefois le pigment bleu d’Isatis tinctoria. Ayant enfin réussi, Henri Lambert a créé la société Le Bleu de Pastel de Lectoure qui, en collaboration avec un institut de recherche et une coopérative agricole, a pour but de relancer la culture et la récolte du pastel, ainsi que l’extraction et la commercialisation de ses pigments pour le textile, la décoration, les Beaux-Arts, et de ses huiles essentielles utilisées dans les cosmétiques, savons et crèmes de beauté.
En collaboration avec Henri Lambert, le défi de L’entreprise Plo a donc été de créer des procédés industriels permettant de teindre toutes sortes de textiles avec ce bleu : de la laine, de la soie, du coton, du lin, du chanvre. Ces teintures se font sur fibre, sur fil, sur pièce, et en teinture en plongée. Monsieur Xavier Plo a ensuite recréé d’autres procédés permettant d’utiliser d’autres teintes naturelles comme les jaunes, les rouges, les violets mauves, les beiges et marrons … avec le genêt, le réséda, la garance, la cochenille, les extraits de bois…

Le but de l’Entreprise n’est pas de remplacer tous ses procédés par des naturels, mais de revaloriser ces derniers qui intéressent de plus en plus de secteurs comme l’habillement, l’ameublement mais aussi l’automobile, le bâtiment et le secteur médical. Il s’agit aussi de revaloriser des couleurs patrimoniales et de redévelopper un circuit agricole qui soit le plus local possible.
Au fur et à mesure de ses recherches, Xavier Plo s’est interdit l’utilisation de produits chimiques qui auraient pourtant aidés à la fixation des couleurs sur les textiles. Il serait en effet dommage de recréer des procédés qui seraient aussi chimiques que ceux de la teinture conventionnelle.
Chacun comprend que les enjeux ne sont pas négligeables. Si ils sont techniques et économiques. Ils sont également artistiques et culturels et appartiennent à notre imaginaire collectif.
A l’ère de l’écologie, réintroduire, au niveau local, des couleurs identitaires d’une région relève d’une démarche d’acteurs différents, réunis autour d’une même volonté de revaloriser les teintures naturelles : des collectivités locales, des artisans, des industriels et des designers.
Les teintures végétales restent encore malgré tout assez onéreuses par rapport aux teintures conventionnelles. Il s’agit donc de savoir si le client final est assez sensible à cette démarche pour acheter un produit en partie plus cher de ce fait ?

Le rendu des couleurs naturelles est généralement plus doux, moins violent que les artificielles et  on obtient des tons plus forts sur les fibres animales (soie, laine) que sur les fibres cellulosiques comme le coton, le chanvre : Si elle reste riche en nuances et assez délicate, la palette des couleurs végétales ne peut être aussi étendue que celle des colorants conventionnels de synthèse.

Pourquoi ne pas imaginer demain les couleurs végétales d’avantage valorisées dans une création textile contemporaine ? Dans un design industriel novateur ?  dans l’industrie du luxe ? Pourquoi ne pas imaginer d’autres innovations  et proposer de nouvelles créations alliant développement local, écologique et créatif ?

Ets Henri PLO
Rue de la Mécanique
ZI de la Rougearié
81200 AUSSILLON
tél. 33.(0)5.63.98.83.50
fax 33.(0)5.63.35.40.11

Premier volet de la série sur les couleurs végétales à lire ici

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(4 vote(s), note : 3.75 sur 5) ouaip...pas malbientip top !mortel !
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  • 4 Réponses à “ Green colors of our life 2/3 : de l’industrie de la couleur pétrochimique à celle de la couleur naturelle : l’entreprise Plo ”

    Flux RSS des commentaires de cet article
    1. Le tricot et la couture c’est vraiment le nouveau passe-temps tendance en ce moment de crise. Enceinte, j’ai passé des heures à tricoter avec de la laine bio une belle écharpe rouge pour mon fils né en février…. malheureusement pas finie mais je garde un souvenir mémorable de ce hobby limite méditatif.
      Un article sur le tricot écolo sur LeCoinBio: Pour être dans le coup, mettez-vous au tricot écolo!

    2. Passionnantes ces initiatives qui vont au bout la logique du développement durable. Quelle personnalité il faut développer pour aller à contre courant ! Ces produits s’appuient sur une vraie philsophie.
      Merci pour ces infos

    3. L’initiative de la renaissance de la culture ne revient pas me semble t’il à monsieur Lambert de Lectoure mais à monsieur Gilbert Delahaye, artisan Tisserand à Cordes (81) dans les années 1970/1980. Rendons à César ….
      Sans oublier Jean Dufour, ancien Directeur de la teinture de l’atelier des Gobelins qui n’arrête pas depuis ces années 80 à prêcher pour le développement des teinture naturelles.

    4. Merci pour vos précisions mais il me semble que je ne parlais pas des personnes qui ont rendu à la teinture végétale leurs titres de noblesse mais des personnes qui ont réussi à industrialiser ces teintures dans le Sud de la France … mon article ne se veut ni exhaustif ni historique … mais il donne juste un exemple parmi tant d’autres des personnes qui travaillent sur la teinture végétale industriellement …

      En tout cas .. merci pour vos précisions et vos connaissances ! Je sais que beaucoup, en France, en Europe et dans le monde comme en Inde travaillent depuis 20 ou 30 ans à redévelopper la teinture végétale artisanalement ou plus industriellement …. Comme Monsieur Michel Garcia à Lauris par exemple …

      Merci

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